Retour au bureau, la marche arrière d’Apple

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Après avoir enjoint ses employés à revenir au bureau trois jours par semaine à partir du 23 mai, Apple a adouci sa position. Sa politique de travail hybride officielle se réduisant désormais à 2 jours de présence sur site. Un groupe d’employés de la firme a déclaré que ce changement n’allait pas assez loin. (Crédit : Matias Cruz, Pixabay )

Apple a annoncé aujourd’hui à ses employés qu’il allait retarder son plan pour un retour au bureau obligatoire dans un contexte de recrudescence des cas de Covid-19. Dans une note de service, la société avait initialement prévu d’obliger les employés à revenir au bureau trois fois par semaine d’ici le 23 mai, mais ne donne aucune nouvelle data d’application. Ele n’impose plus pour l’instant à ses employés que deux jours de présence par semaine.

Le Californien a également rétabli l’obligation de porter un masque pour les employés des Apple Store, mais ne l’exige pas des clients. Les employés d’Apple avaient déjà menacé de démissionner en raison de cette politique de retour au travail parmi les plus strictes des grandes entreprises technologiques. Au début du mois, un groupement d’actuels et d’anciens employés de la firme à la pomme se faisant appeler Apple Together a publié une lettre ouverte à ses dirigeants, leur demandant de modifier la politique de travail hybride de l’entreprise. Entre autres griefs, la lettre estime que l’exigence de l’entreprise n’offre « quasiment aucune flexibilité ».

Des réactions qui ne se limitent pas à Apple

Apple Together s’est fendu d’un tweet sans ambigüité : « la politique inflexible d’Apple en matière de travail à distance a obligé les employés à choisir entre leur santé, la vie qu’ils ont péniblement construite au cours des deux dernières années et leur emploi. Les aménagements d’aujourd’hui sont encore loin d’être suffisants. Apple doit instaurer une politique de télétravail souple et moderne ». Des enquêtes auprès des employés ont montré que pas moins de 40 % des travailleurs quitteraient leur emploi s’ils n’étaient pas autorisés à travailler à distance. Pourtant, parmi les entreprises qui emploient des cols blancs ou des travailleurs intellectuels, entre un tiers et 60 % exigent une présence au bureau sous une forme ou une autre, que ce soit à temps partiel ou à temps plein.

Les réactions contre les politiques obligatoires de retour au travail ne se limitent pas à Apple. En avril, un an après que JPMorgan a contraint toutes ses équipes à revenir au bureau, le CEO de JPMorgan, Jamie Dimon, est revenu en arrière lui-aussi. Il a admis que seuls la moitié de ses 270 000 employés reviendrait sur les sites physiques à temps plein – et que 10 % travailleraient entièrement à distance. De son côté, Goldman Sachs a en revanche  déclaré en mars qu’elle exigerait que tout le monde soit au bureau.

Retenir les salariés de l’IT

David Lewis, PDG d’Operations, une société de conseil en RH du Connecticut, estime que les entreprises qui dictent un retour à temps plein au bureau – ou la manière dont les employés doivent travailler à distance – risquent de provoquer un exode de ceux-ci et des problèmes de recrutement. Actuellement, il y a 11,5 millions d’offres d’emploi aux États-Unis et le taux de chômage global américain est de 3,6 %. Mais pour le marché de la technologie, le taux de chômage n’est que de 2 %, selon CompTIA, une association à but non lucratif pour l’industrie et la main-d’œuvre IT. Dans le même temps, au cours de chacun des six derniers mois, plus de 4 millions de personnes ont quitté leur emploi, selon le Bureau américain des statistiques du travail.

En réalité, pour David Lewis, les employés IT ont le dessus en matière de politique d’entreprise et c’est à la direction de créer un environnement de travail centré sur les personnes, dans lequel les équipes se sentent appréciées et satisfaites. Pour la plupart des sociétés, en particulier technologiques, obliger les employés à retourner au bureau un certain nombre de jours est un faux pas évident, mais la décision d’Apple est moins risquée que d’autres. « Ils sont comme le gorille de 400 kilos dans la pièce et ils peuvent prendre une direction opposée à la plupart des autres entreprises en raison de leur position unique sur le marché », continue le consultant.

Apple « control freak » ?

Même avec un taux de chômage record, Apple est perçu comme un lieu de travail plus attractif, leon David Lewis. même si les employés s’en vont, il y aura probablement une file d’autres personnes à se bousculer au portillon pour occuper ces postes. « Une autre entreprise aurait intérêt à demander à ses employés ce qu’ils veulent, expliqu David Lewis. Cela dit, selon un vieil adage, quelqu’un qui a tout sous contrôle est quelqu’un qui a tout sous contrôle jusqu’à ce qu’il n’ait plus tout sous contrôle. Il serait facile pour Apple de se rendre compte qu’il a trop profité de sa puissance, mais en réalité, le temps qu’il comprenne, il pourrait déjà y avoir des dégâts ».

Lucas Mearian, IDG NS (adapté par Célia Séramour)

Article original sur le site de notre publication sœur CIO.

 

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